Abeille noire (Apis mellifera mellifera) vue de profil, corps trapu et abdomen sombre
novembre 4, 2026

Des racines et des ailes : l’abeille noire s’invite à Bournazel, son sanctuaire du Viaur divise l’Aveyron

Lecture : 9 min Rédigé par le réseau ALLO FRELONS

Par Guillaume Castagné

Cent colonies. Quatre apiculteurs. Une lignée vieille d’un million d’années. Et trois maires qui ont dû retirer leurs arrêtés.

Dans la vallée du Viaur, en Aveyron, un apiculteur retraité veut créer le 11e conservatoire français de l’abeille noire, mais la plupart des apiculteurs professionnels voisins s’y opposent.

Le projet vise la forêt de Saint-André-de-Najac, selon le reportage de France 3 Occitanie diffusé à la mi-octobre. Ce mercredi 4 novembre, l’abeille noire et l’Aveyron se retrouvent sur France 3 : vers 22 h 05, Des racines et des ailes montre le mur à abeilles du château de Bournazel, à une quarantaine de kilomètres de là.

L’essentiel

  • Le 4 novembre : Des racines et des ailes, France 3, à partir de 21 h 10. Le volet sur Bournazel est annoncé vers 22 h 05.
  • À Bournazel : un rucher de pierre doit accueillir des abeilles noires pour polliniser le jardin Renaissance.
  • Dans le Viaur : quatre apiculteurs réunissent environ cent colonies et l’un d’eux demande un conservatoire. Le programme de l’émission ne cite pas cette vallée.
  • Le blocage : les arrêtés municipaux de protection pris en 2025 ont été retirés, et aucune règle nationale ne protège aujourd’hui le patrimoine génétique de l’abeille noire.

Que verra-t-on exactement ce soir ?

Bournazel : le mur à abeilles de Des racines et des ailes

Le numéro s’intitule « Jardins d’exception » et s’ouvre sur les 400 ans du Jardin des Plantes de Paris. Bournazel arrive dans le second volet, « Jardins extraordinaires », entre la Grèce, la Toscane et la Côte d’Azur.

Le point d’orgue du chantier, selon France Télévisions, est « la construction d’un mur à abeilles » : un rucher « qui accueillera une espèce rare, des abeilles noires, pour polliniser les fleurs et les fruits du jardin ».

jardin chateau bournazel aveyron - Des racines et des ailes : l'abeille noire s'invite à Bournazel, son sanctuaire du Viaur divise l'Aveyron
Le jardin du château de Bournazel, en Aveyron. Photo : Ikmo-ned, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Le jardin revient de loin. Créé à la Renaissance par Charlotte Mancip et Jean de Buisson, il a été détruit lors des guerres de Religion, puis abandonné. Gérald et Martine Harlin, qui ont acquis le château en 2007, l’ont recréé d’après des fouilles archéologiques et des recherches en archives.

Le programme ne dit ni d’où viendront ces abeilles, ni qui les conduira.

À une quarantaine de kilomètres, la même abeille est au cœur d’une tout autre histoire.

Viaur : cent colonies pour un 11e conservatoire de l’abeille noire

Long de 168 km, le Viaur naît sur le Lévézou et rejoint la rivière Aveyron à Laguépie. C’est dans sa vallée, en forêt de Saint-André-de-Najac, que Jean-Marie Guy veut installer un conservatoire. Cet apiculteur retraité a élevé des abeilles noires toute sa vie.

Son argument tient en un chiffre : quatre apiculteurs de la vallée réunissent environ cent colonies. « Nous sommes dans le dernier centre sur l’Aveyron où on a encore suffisamment de colonies pour créer un conservatoire », affirme-t-il à France 3.

vallee du viaur viaduc aveyron - Des racines et des ailes : l'abeille noire s'invite à Bournazel, son sanctuaire du Viaur divise l'Aveyron
La vallée du Viaur et son viaduc, en service depuis 1902, plus en amont de Saint-André-de-Najac. Photo : Jean-Jacques Lasmolles, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Le sujet mobilise localement. L’association Sauvegarde de l’abeille noire de l’Aveyron (SAN 12) a son siège à Saint-André-de-Najac. Sa charte veut faire reconnaître « des territoires protégés, où seule l’abeille noire peut être élevée » et diffuser des reines et des essaims issus de colonies aveyronnaises.

En mai 2026, la Fête de la Nature annonçait des conférences « consacrées à l’abeille noire du Viaur ». En juin, E’SÉME ouvrait ses ruches de Mergieux, à Najac, pour une journée dédiée à « l’abeille noire locale ».

Vidéo : « Un conservatoire pour protéger l’abeille noire du Viaur divise », reportage de Nathalie Rougeau et Christian Galet, France 3 Occitanie, octobre 2026.

Restait à convaincre ceux qui élèvent d’autres abeilles juste à côté.

Abeille noire ou Buckfast : pourquoi la vallée du Viaur se divise

Tout se joue en plein vol. Une reine se fait féconder à l’extérieur de la ruche, dans un rayon de plusieurs kilomètres. Selon FranceAgriMer, ce comportement, ajouté aux importations, a conduit à « l’hybridation de l’essentiel du cheptel apicole français ».

Protéger une abeille revient donc à regarder ce qu’élèvent les voisins. Autour de la vallée, des professionnels travaillent avec la Buckfast, une lignée hybride sélectionnée à l’abbaye anglaise du même nom par le frère Adam et largement utilisée en Europe. La plupart regrettent l’absence de concertation et refusent de sanctuariser une zone.

Alexandre Martinez, éleveur de reines Buckfast, conteste le fond du dossier. « Pour qu’il y ait un conservatoire, il faudrait qu’il arrive à prouver que sur l’ensemble de ce secteur, nous y compris, il y ait 90 % de la génétique et qu’il soit une abeille noire. Ce n’est pas le cas », a-t-il déclaré à France 3.

Pour lui, l’abeille noire pure n’existe plus.

abeilles noires cadre ruche - Des racines et des ailes : l'abeille noire s'invite à Bournazel, son sanctuaire du Viaur divise l'Aveyron
Abeille noire (Apis mellifera mellifera) : abdomen large et noir, rayures de feutre étroites. Photo d’illustration, prise hors du Viaur : Jürg Vollmer, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Les relevés du chercheur Lionel Garnery (CNRS), présentés en 2017, montrent l’ampleur du phénomène : sur 5 227 colonies analysées en France, 73 % appartenaient à la lignée de l’abeille noire.

Mais la moyenne cache des écarts. En Île-de-France, cette lignée ne pesait que 11 % en 2011. Dans les Cévennes, elle est passée de 100 % en 1998 à environ la moitié en 2014.

Le conservatoire des Cévennes existe pourtant depuis 2008. ARTE y a filmé des apiculteurs qui tentent de restaurer cette abeille.

Vidéo : « Dans les Cévennes, l’abeille noire résiste », Invitation au voyage, ARTE, décembre 2025.

Pourquoi ne pas simplement interdire les autres ruches ? Trois maires ont essayé.

Najac, La Fouillade, Saint-André-de-Najac : des arrêtés retirés, l’État appelé

En 2025, les maires de ces trois communes ont pris des arrêtés pour créer une zone de protection et interdire certains ruchers, afin d’éviter l’hybridation. Selon France 3, ces textes « ont dû être retirés », sans que le reportage en détaille le motif. Jean-Marie Guy se tourne désormais vers l’État, « seul compétent pour définir un cadre juridique ».

Le ministère de l’Agriculture a rappelé le cadre national le 3 février 2026, en répondant au député Damien Girard à propos de l’île de Groix. L’abeille noire y est « considérée comme domestique », et « il n’existe actuellement pas de disposition nationale réglementant les mouvements d’Apis mellifera avec pour objectifs de protéger son patrimoine génétique ».

Les territoires les mieux protégés ont un atout que le Viaur n’a pas : la mer. Et même celle-ci ne suffit pas. Le ministère rappelle que les bateaux et les abeilles venues du continent ne permettent pas de garantir « une étanchéité génétique et sanitaire complète » de Groix.

TerritoireColonies citéesProtection
Belle-Île (Morbihan)800Importations interdites par arrêté préfectoral de 1985, renforcé en 2008
Vallée de l’abeille noire (Cévennes)150Conservatoire mis en place en 2008
Vallée du Viaur (Aveyron)Environ 100Arrêtés municipaux retirés, conservatoire demandé
Ouessant (Finistère)Une cinquantaineImportations interdites par arrêté municipal
Groix (Morbihan)Une trentaineArrêté municipal de 2008

La science, elle, ne ferme pas la porte. « Ça peut être viable si quelqu’un y passe suffisamment d’énergie et puis que les apiculteurs autour, sont convaincus qu’effectivement ça présente un intérêt », estime Bernard Vaissière, chargé de mission à l’Inrae d’Avignon, dans le reportage de France 3.

Il cite des apiculteurs de l’Aisne qui travaillent sans traitement contre le varroa « au bout de 26 ans ». À Groix aussi, les apiculteurs décrivent une résistance naturelle à ce parasite. Le ministère reste prudent : il parle d’une capacité qui reste à valider scientifiquement.

Le chiffre le plus brutal de ce dossier ne vient pourtant ni de la génétique, ni du droit.

Frelon asiatique : 80 % des colonies d’abeilles noires perdues à Groix

Groix sert souvent de modèle aux défenseurs de l’abeille noire. Selon Paysan Breton, en juillet 2026, le frelon asiatique y « est essentiellement responsable de la disparition de 80 % des colonies d’abeilles noires », dont il reste une trentaine. Ce constat concerne l’île : nous n’avons trouvé aucune donnée équivalente pour le Viaur.

essaim ruche frelon asiatique dordogne - Des racines et des ailes : l'abeille noire s'invite à Bournazel, son sanctuaire du Viaur divise l'Aveyron
Essaim entrant dans une ruche en présence d’un frelon asiatique, en Dordogne. Photo : GuillaumeG, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

Une abeille conservée n’est donc pas une abeille à l’abri. Sur la défense des ruches et la prédation, notre guide abeilles et frelon asiatique détaille ce que l’on sait aujourd’hui.

Sur le terrain avec ALLO FRELONS

Ce débat revient aux apiculteurs, aux élus et à l’État : nous ne le trancherons pas. Notre métier, depuis 2006, ce sont les nids de guêpes et de frelons, traités par des techniciens certifiés Certibiocide. ALLO FRELONS 12 est installé à La Fouillade, l’une des trois communes de ces arrêtés, et intervient notamment à Najac.

Le 29 mai 2026, à Najac, notre colloque France Frelon Asiatique a abordé le sujet de l’abeille noire.

Avec ALLO FRELONS Mission Repeuplement, conduite par Rémi Castagné en partenariat avec J’Essaime Ma Planète, le réseau agit aussi pour protéger les abeilles et recréer des habitats : bois mort, haies sèches, micro-mares.

Un conseil simple : un essaim d’abeilles est d’abord une affaire d’apiculteur (voir que faire face à un essaim). Un nid de guêpes ou de frelons se signale au 06 75 36 24 05. ALLO FRELONS, votre technicien local de confiance, noté 4,9/5 sur Google (716 avis au 29 octobre 2026).

Vidéo : « Que deviennent les nids de frelons asiatiques l’hiver ? », chaîne YouTube ALLO FRELONS.

Ce qu’il faut savoir

  • L’émission : Des racines et des ailes, « Jardins d’exception », mercredi 4 novembre 2026 à 21 h 10 sur France 3 et france.tv. Bournazel est annoncé vers 22 h 05.
  • Le jardin de Bournazel : ouvert tous les jours sauf le mardi, de 14 h à 18 h, jusqu’au 11 novembre. Visite des extérieurs : 10 € en tarif individuel. Il est classé Jardin remarquable depuis janvier 2019.
  • Le nombre de conservatoires : France 3 en compte dix, une question parlementaire de mars 2025 parlait de onze sanctuaires. FranceAgriMer cite notamment Porquerolles, Ouessant, la Corse, l’Auvergne, la Bretagne, la Normandie et les Landes.

Vers 22 h 05, le mur de Bournazel passera donc à l’écran. Dans la vallée du Viaur, les quatre apiculteurs et leurs cent colonies attendent une autre image : celle d’une décision de l’État. France 3 juge « pas certain » que l’Aveyron devienne le 11e conservatoire, et aucune échéance n’est annoncée.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’abeille noire du Viaur ?

C’est le nom donné aux colonies d’abeilles noires (Apis mellifera mellifera) élevées dans la vallée du Viaur, en Aveyron. Environ cent colonies y sont élevées par quatre apiculteurs, selon le porteur du projet. Leur pureté génétique est contestée par des éleveurs voisins.

Le Viaur est-il dans Des racines et des ailes du 4 novembre ?

Le programme publié ne le cite pas. Il annonce le château de Bournazel, son jardin Renaissance et un mur à abeilles destiné à des abeilles noires, sans préciser leur origine.

L’abeille noire est-elle protégée en France ?

Pas par une règle nationale sur ses mouvements. Le ministère de l’Agriculture la considère comme domestique. Des protections locales existent, comme les arrêtés de Groix ou de Belle-Île, et des conservatoires associatifs travaillent à sa sauvegarde.

Sources : France 3 Occitanie, reportage de Nathalie Rougeau et Christian Galet et article de Catherine Léhé (octobre 2026) ; France Télévisions, programme du 4 novembre 2026, repris par Coulisses TV et 12actu (19 octobre 2026) ; Château de Bournazel, pages jardin et tarifs ; Assemblée nationale, question écrite n° 5013 de Damien Girard et réponse du ministère de l’Agriculture (JO du 3 février 2026) ; FranceAgriMer, fiche génétique apicole 2025 ; Lionel Garnery (CNRS, université de Versailles-Saint-Quentin), « Les conservatoires d’abeilles », 19 octobre 2017 ; Paysan Breton, 24 juillet 2026 ; POLLINIS, Vallée de l’abeille noire ; Commune de Saint-André-de-Najac et charte de l’association SAN 12 ; Le Journal Toulousain, Fête de la Nature 2026 ; E’SÉME, Najac ; Sandre (Viaur) ; ALLO FRELONS, colloque du 29 mai 2026 à Najac.

Crédits : image d’en-tête, abeille noire (Apis mellifera mellifera), photo d’illustration prise hors du Viaur : Jürg Vollmer, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons. Autres photos créditées sous chaque image. Vidéos : France 3 Occitanie, ARTE, ALLO FRELONS, lecteur YouTube.

Article publié le 4 novembre 2026.

Dernière modification le novembre 4, 2026 par Guillaume Castagné