Frelon européen Vespa crabro léchant la sève d'une branche de bouleau
janvier 4, 2025

Faut-il tuer les frelons ?

Par Guillaume Castagné

Faut-il tuer les frelons ? Un frelon isolé qui butine ou chasse dans votre jardin, non : il n’attaque pas et tuer des individus un par un ne change rien à la population. Un nid de frelons asiatiques actif près des lieux de vie, oui, mais par un professionnel et avant la sortie des futures reines à l’automne, car c’est la seule méthode dont l’efficacité est reconnue. Pour le frelon européen, espèce indigène utile, on ne détruit le nid que s’il présente un danger réel (entrée de maison, école, allergie connue), et on laisse les autres tranquilles.

L’essentiel

  • Frelon européen (Vespa crabro) : indigène, prédateur de mouches et de chenilles, pas plus dangereux qu’une guêpe sauf près du nid.
  • Frelon asiatique (Vespa velutina) : espèce exotique envahissante, classée danger sanitaire pour l’abeille, loi du 14 mars 2025 sur la lutte.
  • Tuer des frelons isolés ou poser des pièges sucrés n’a aucun effet sur les colonies et détruit des insectes utiles.
  • La méthode efficace : destruction des nids actifs par un professionnel certifié, d’avril à octobre.
  • Danger réel = à moins de 5 mètres du nid, vibrations, choc sur le support.
  • Ne jamais détruire un nid soi-même : risque de piqûres multiples ; 256 décès par piqûres d’hyménoptères en France entre 2014 et 2023 (Anses).

Faut-il tuer les frelons : européen ou asiatique, la réponse change

La question n’a pas la même réponse selon l’espèce. Le frelon européen (Vespa crabro), reconnaissable à sa tête et son thorax roux et à son abdomen jaune rayé de noir, est présent en France depuis toujours. Il vit en colonies de quelques centaines d’individus dans une cavité (arbre creux, cheminée, comble, nichoir) d’avril-mai à novembre, et il chasse mouches, chenilles, guêpes et autres insectes pour nourrir ses larves. Il n’est pas protégé en France (il l’est en Allemagne), mais il n’est pas non plus classé nuisible ; il entre dans les maisons le soir parce qu’il est attiré par la lumière, pas pour attaquer.

Le frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax), plus petit, thorax noir, abdomen sombre à large bande orangée et extrémité des pattes jaune, est arrivé en France en 2004 et occupe aujourd’hui la quasi-totalité des départements. Il est classé espèce exotique envahissante (règlement européen 1143/2014, arrêté du 14 février 2018) et danger sanitaire de deuxième catégorie pour l’abeille domestique. La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 organise un plan national de lutte décliné par département. Pour lui, la question « faut-il le tuer » se pose donc au niveau de la colonie : oui, en détruisant les nids, et non en s’acharnant sur les individus.

Pourquoi tuer un frelon isolé ne sert à rien

Un frelon que vous voyez sur une fleur de lierre, un fruit tombé ou autour d’une ruche est une ouvrière parmi plusieurs centaines ou milliers : d’après le Muséum national d’Histoire naturelle, un nid de frelons asiatiques compte 1 000 à 2 000 ouvrières au pic de septembre-octobre et en produit jusqu’à 13 000 sur la saison. L’écraser ne réduit rien ; la colonie remplace une ouvrière en quelques heures. Surtout, s’approcher pour frapper un frelon près de son nid, ou l’écraser, peut déclencher la défense collective : c’est dans ces circonstances, et non face à un insecte isolé, que surviennent les piqûres multiples relevées par les centres antipoison.

Un frelon entré dans une pièce se chasse en ouvrant la fenêtre et en éteignant la lumière. À l’extérieur, il suffit de ne pas gesticuler et de s’éloigner lentement. Raquettes électriques et sprays d’intérieur exposent à une piqûre pour un résultat nul.

Quand faut-il vraiment faire détruire un nid ?

La décision dépend de l’espèce, de l’emplacement et de la saison. Le tableau résume ce que nous conseillons.

SituationFrelon asiatiqueFrelon européen
Individu isolé au jardin ou dans la maisonNe pas tuer, chercher le nid éventuelNe pas tuer, le laisser sortir
Nid à moins de 10 m d’une entrée, terrasse, école, cheminDestruction professionnelleDestruction professionnelle
Nid en hauteur dans un arbre, loin des passagesDestruction recommandée avant octobre (protection des abeilles, futures reines)Laisser la colonie finir sa saison
Nid dans une cavité habitée (cheminée, comble, volet)Destruction professionnelleDestruction si le conduit ou la pièce doit servir
Nid découvert en décembreColonie morte, traitement inutileColonie morte, traitement inutile
Personne allergique au foyerDestruction de tout nid procheDestruction de tout nid proche

Pour le frelon asiatique, le Muséum rappelle que la destruction des nids actifs avant l’émergence des sexués, c’est-à-dire avant octobre-novembre, reste la méthode la plus efficace pour limiter le nombre de colonies l’année suivante. Un nid détruit en juin ou juillet n’aura produit aucune reine ; le même nid traité en décembre en aura libéré plusieurs centaines.

Piéger pour tuer : une fausse bonne idée

Beaucoup de particuliers posent au printemps des bouteilles remplies de bière, de sirop et de vin blanc pour « tuer les reines ». Le Muséum national d’Histoire naturelle et l’ITSAP (Institut de l’abeille) ne recommandent pas ce piégeage non sélectif en dehors des ruchers : les captures sont composées en grande majorité d’insectes qui ne sont pas des frelons asiatiques (mouches, papillons, guêpes, frelons européens, abeilles sauvages), et l’effet sur le nombre de nids n’est pas démontré. Au rucher, des pièges sélectifs à cône calibré, posés à la bonne période par l’apiculteur, peuvent soulager la pression sur les ruches sans régler le problème à l’échelle d’une commune.

Comment un professionnel tue une colonie

La destruction d’un nid consiste à injecter un insecticide, en poudre ou en liquide, directement dans le nid, à l’aide d’une perche télescopique pouvant atteindre 20 à 30 mètres, ou depuis une nacelle lorsque l’accès l’exige. L’intervention a lieu de préférence en fin de journée, quand la majorité des ouvrières est rentrée. Le nid est ensuite retiré quand c’est possible, mais ce n’est pas indispensable : laissé en place, il piège les retardataires. Les produits utilisés (biocides TP18) sont réservés aux titulaires du Certibiocide, certificat obligatoire depuis la réforme du 1er janvier 2024 et valable cinq ans. Comptez généralement 80 à 150 € pour un nid accessible (fourchette citée par la MAIF), 150 à 300 € pour un nid de frelons asiatiques à plus de 15-20 mètres ; les pompiers n’interviennent plus gratuitement chez les particuliers dans la plupart des départements.

Sur le terrain avec ALLO FRELONS

Une part importante des appels que nous recevons en été concerne un frelon européen entré dans une chambre le soir, ou quelques frelons asiatiques sur un figuier. Dans ces cas, nos techniciens déconseillent toute intervention : nous expliquons comment faire sortir l’insecte et comment repérer un éventuel nid dans les 200 mètres. En revanche, nous constatons chaque automne les conséquences de nids laissés en place « parce qu’ils ne gênaient pas » : des dizaines de futures reines relâchées en octobre, et plusieurs nids dans le même quartier l’année suivante. Notre conseil : ne tuez pas les frelons que vous croisez, mais faites détruire les nids de frelons asiatiques dès qu’ils sont repérés.

Que dit la loi sur le fait de tuer des frelons ?

Aucune des deux espèces n’est protégée en France : tuer un frelon ou détruire un nid n’est pas une infraction. Pour le frelon asiatique, la loi du 14 mars 2025 et son décret d’application du 29 décembre 2025 prévoient des plans départementaux de lutte, et le préfet peut ordonner la destruction d’un nid, y compris sur une propriété privée. En revanche, la loi ne crée aucune aide nationale : la destruction reste à la charge du propriétaire, sauf participation d’une commune, d’une intercommunalité ou d’un département, souvent sur présentation d’une facture de professionnel certifié. Le tir au fusil ou l’incendie d’un nid sont dangereux et n’ouvrent droit à aucune aide.

Questions fréquentes

Faut-il tuer les frelons qu’on voit dans le jardin ?

Non. Un frelon isolé qui butine ou chasse n’attaque pas. Observez d’où il vient : s’il fait des allers-retours réguliers vers un arbre, une haie ou un abri, un nid est probablement à proximité, et c’est lui qu’il faut faire traiter.

Faut-il tuer le frelon asiatique ?

Oui à l’échelle de la colonie, par la destruction professionnelle des nids actifs avant octobre. Non individu par individu, et non par le piégeage non sélectif, qui tue surtout d’autres insectes.

Faut-il tuer les frelons européens ?

Non, sauf si leur nid est dans un lieu de vie (conduit de cheminée utilisé, comble aménagé, entrée). Le frelon européen est un auxiliaire du jardin et sa colonie disparaît d’elle-même en novembre.

Est-ce dangereux d’écraser un frelon ?

Près du nid, oui : le geste peut déclencher la sortie des défenseurs et des piqûres multiples. Loin du nid, le risque est une piqûre unique, douloureuse mais sans gravité hors allergie. Appelez le 15 en cas de gêne respiratoire, de gonflement du visage ou de piqûres nombreuses.

Sources : Muséum national d’Histoire naturelle, fiche Vespa velutina (INPN) et étude de Rome et al. sur 77 colonies ; ITSAP, recommandations sur le piégeage ; Anses et Santé publique France, bilan des piqûres d’hyménoptères 2014-2023 ; loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 et décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025 ; arrêté du 26 décembre 2012 (danger sanitaire) ; arrêté du 14 février 2018 (espèces exotiques envahissantes) ; MAIF (prix moyens de destruction de nids).

Article mis à jour en octobre 2026.

Dernière modification le octobre 18, 2026 par Guillaume Castagné