Un frelon asiatique qui attaque une ruche devant un drapeau français en lambeaux
mars 27, 2026

Plan national de lutte contre le frelon asiatique : ce qui change en 2026 pour les apiculteurs et les particuliers

Par Guillaume Castagné

Le ministre Mathieu Lefèvre a lancé vendredi à Remiremont le plan national de lutte contre le frelon asiatique, doté de 3 millions d'euros par an et d'un guichet de demandes ouvert dès le 1er mai. Prévu par la loi de mars 2025 mais retardé par l'attente du décret d'application, ce dispositif impose désormais un plan dans chaque département, finance la destruction des nids, la protection des ruchers et la recherche sur le piégeage sélectif. Il arrive alors que 94 % des apiculteurs se déclarent sous la pression du frelon et que les pertes économiques dépassent les 100 millions d'euros par an.

Le ministre de la Transition Ecologique Mathieu Lefèvre a officiellement lancé ce vendredi 27 mars 2026 à Remiremont, dans les Vosges, le plan national de lutte contre le frelon asiatique prévu par la loi du 14 mars 2025. Doté de 3 millions d’euros par an, ce plan vise à coordonner les actions sur tout le territoire, après des années d’initiatives locales disparates. Voici ce que contient ce plan, ce qu’il change concrètement sur le terrain et ce que vous devez savoir si vous êtes apiculteur, particulier ou élu.

Pourquoi ce plan national arrive maintenant

La loi du 14 mars 2025 « visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole » avait inscrit ce plan dans le Code de l’environnement, à l’article L.411-9-1. Mais il a fallu attendre la publication du décret d’application, le 30 décembre 2025, pour que le dispositif devienne opérationnel.

C’est ce décalage qui explique un lancement effectif au printemps 2026, alors que les reines fondatrices ont déjà quitté leur cachette d’hibernation. Le ministre lui-même reconnaît que le calendrier n’est pas idéal pour la campagne de piégeage de cette saison, mais affirme qu’il n’est jamais trop tard pour structurer la réponse nationale.

Pour les apiculteurs, cette attente a été vécue avec frustration. Le secrétaire général de l’UNAF François Guillaume résume le sentiment de la profession : la fatigue d’attendre un plan dont la création était pourtant actée par la loi depuis plus d’un an.

Un budget de 3 millions d’euros par an : détail des financements

Le plan est doté d’une enveloppe annuelle de 3 millions d’euros, financée sur les crédits du ministère. Le guichet de demandes doit ouvrir au 1er mai via une plateforme dédiée.

Ce montant représente six fois le budget alloué en 2025 via le Fonds vert pour la lutte contre le frelon asiatique, qui plafonnait à 500 000 euros. C’est un changement d’échelle dans l’implication de l’État.

Le ministre précise toutefois que cette enveloppe reste indicative et pourra être ajustée selon le volume de demandes, dans les limites du contexte budgétaire général. Elle vient en complément des financements des collectivités territoriales, des départements et des acteurs socio-économiques prévus par la loi.

3 millions d’euro pas an, on a calculé, ça correspond à un peu plus de 86€ par commune de France métropolitaine où le frelon à pattes jaunes est présent. De plus, rapporté aux pertes estimées à au moins 100 millions d’euros par an pour la société française, ce budget reste modeste. Mais il a vocation à s’articuler avec les dispositifs départementaux et communaux déjà existants ou en cours de création.

Ce que finance concrètement le plan national

Piégeage sélectif des reines fondatrices

Le plan prévoit de financer des dispositifs de piégeage des reines, en insistant sur la sélectivité. La communauté scientifique, notamment le Muséum national d’Histoire naturelle et la LPO, rappelle en effet qu’aucun piège de printemps n’est réellement sélectif et que le piégeage généralisé détruit massivement d’autres pollinisateurs sans effet démontré sur les populations de frelons à l’échelle d’un territoire.

Les recommandations officielles orientent donc vers un piégeage ciblé, à proximité des ruchers ayant subi de fortes pertes, avec des dispositifs adaptés comme les boîtes à cônes, plutôt qu’un piégeage diffus dès les premiers redoux. Des recherches sont en cours sur des pièges à base de phéromones sexuelles spécifiques du frelon asiatique, que le plan s’engage à soutenir.

3 millions d’Euros, s’ils n’étaient consacré qu’à ça, permettraient d’acheter entre 2 (prix BeeVital) et 4 pièges (prix Vespiguard) par commune en France, ce qui est très largement insuffisant.

Protection des ruchers

Le financement couvre également le matériel de protection des ruches. Sur le terrain, les apiculteurs utilisent déjà des muselières, ces entrées grillagées qui laissent passer les abeilles mais bloquent les frelons, ainsi que des harpes électriques dont les fils espacés laissent passer l’abeille mais électrocutent le frelon.

Ces dispositifs fonctionnent bien quand la pression de prédation reste modérée. En cas d’attaque massive, avec vingt à trente frelons stationnant devant une ruche, les abeilles n’osent plus sortir et peuvent mourir de faim et de stress, ce qui justifie de combiner protection physique et destruction des nids.

3 millions d’euro, s’ils ne servaient qu’à ça, permettraient de donner 42€ à chacun des 72000 apiculteurs pour protéger son rucher. Cette somme est évidemment très insuffisante.

Destruction des nids par des professionnels

La destruction systématique des nids, primaires et secondaires, constitue le troisième pilier du plan. Le budget couvre le matériel de destruction ainsi que les formations nécessaires à son utilisation.

C’est sur ce volet que l’action est la plus directement efficace. Dans plusieurs départements, les aides publiques à la destruction ne sont déjà versées qu’à condition de faire appel à un professionnel formé, signataire d’une charte de bonnes pratiques ou inscrit sur une liste départementale d’entreprises réglementées. Ce modèle est appelé à se généraliser avec le déploiement du plan national.

3 millions d’Euros, s’ils n’étaient consacré qu’à ça, permettraient de détruire entre 150 et 300 nids par département et par an. Pour vous donner un chiffre: on compte chaque année

Recherche et information du public

Un volet « connaissances et prévention » accompagne le plan. Il finance des travaux de recherche menés notamment par le Muséum national d’Histoire naturelle pour mieux cartographier l’impact du frelon et développer des méthodes de lutte plus sélectives.

Le plan prévoit aussi la diffusion d’une information fiable au grand public, pour que chaque citoyen sache comment réagir face à un nid et surtout vers quels professionnels se tourner. L’objectif affiché est de lutter contre les arnaques liées à la destruction de nids, un problème récurrent signalé par les collectivités.

Organisation sur le terrain : référents départementaux et plans locaux

Le plan national se décline en plans départementaux, pilotés par les préfets, comme le prévoit le décret du 29 décembre 2025. Chaque département doit désigner des référents pour organiser la lutte localement.

Ces référents s’appuient sur les réseaux existants : FREDON, GDSA, groupements de défense sanitaire, apiculteurs et collectivités. L’idée est que les solutions ne sont pas les mêmes d’un département à l’autre et que l’organisation doit s’adapter à la pression locale.

Les plans départementaux doivent organiser les procédures de signalement, notamment via les mairies, définir les protocoles de destruction des nids et évaluer le niveau de danger pour la santé publique et les ruchers. Une cartographie de la prédation doit permettre de classer les départements selon l’intensité de l’invasion et de concentrer les financements sur les zones les plus touchées.

Ces arrêtés préfectoraux doivent être mis à jour dans les six mois suivant toute modification du plan national, et le plan national lui-même doit être révisé au plus tard tous les six ans.

L’état des lieux : une situation qui s’aggrave rapidement

L’enquête nationale menée par l’UNAF entre novembre et décembre 2025 auprès de 3 918 apiculteurs donne une photographie alarmante de la situation.

94 % des répondants déclarent être sous la pression du frelon asiatique, confirmant la généralisation du problème sur tout le territoire français. Plus de la moitié, soit 56,7 %, observent au moins trois frelons à pattes jaunes devant chaque ruche, contre 31,1 % l’année précédente. L’aggravation est nette.

Les pertes déclarées pour la seule saison 2025 s’élèvent à 5,37 millions d’euros, répartis entre 3,66 millions de pertes de production et 1,71 million investi en matériel de protection spécifique.

Un chiffre illustre l’hétérogénéité de la réponse locale : la moitié des apiculteurs affirment que leur commune n’a mis en place aucune action, ni communication, ni piégeage, ni destruction de nids. C’est précisément cette inégalité territoriale que le plan national entend corriger.

Le frelon asiatique, une menace qui dépasse l’apiculture

Le frelon asiatique ne menace pas que les abeilles. Celles-ci ne représentent que 12 à 15 % de son alimentation (plus en ville qu’en zones rurales). Il s’attaque à une grande diversité d’insectes, ce qui en fait un prédateur destructeur pour l’ensemble des pollinisateurs et la biodiversité.

En réduisant les populations d’insectes, Vespa velutina fragilise la pollinisation des plantes sauvages et cultivées, avec des effets en cascade sur les écosystèmes et les rendements agricoles. Dans les vergers et les vignobles, les frelons grignotent les fruits avant maturité, pouvant entraîner jusqu’à 30 % de pertes de rendement selon les observations du chercheur Éric Darrouzet de l’université de Tours.

Le plan national s’inscrit donc dans une logique plus large que la seule protection de la filière apicole. Il croise les politiques de biodiversité, d’agriculture et de sécurité des personnes, les piqûres de frelons asiatiques représentant aussi un risque sanitaire réel.

Ce que vous devez faire si vous repérez un nid de frelons asiatiques

Si vous découvrez un nid de frelons asiatiques, ne tentez jamais de le détruire vous-même. Signalez-le à votre mairie ou sur la plateforme départementale dédiée si elle existe.

Renseignez-vous auprès de votre département pour savoir si un dispositif d’aide financière est en place. De nombreux départements subventionnent déjà tout ou partie du coût de destruction, à condition de faire appel à un professionnel reconnu, inscrit sur la liste départementale ou signataire de la charte de bonnes pratiques.

Les interventions réalisées par des entreprises conformes aux protocoles recommandés par les organismes sanitaires, dans le cadre du plan national, sont éligibles à ces dispositifs d’aide. ALLO FRELONS intervient selon ces protocoles sur l’ensemble de ses départements couverts et fournit les justificatifs nécessaires aux démarches de subvention.

Pour le piégeage, évitez les pièges artisanaux non sélectifs qui détruisent d’autres insectes utiles. Privilégiez toujours le conseil d’un professionnel ou de votre GDSA local avant toute action.

Ce qu’il faut retenir du plan national frelon asiatique 2026

Le plan national de lutte contre le frelon asiatique marque un tournant législatif dans la mobilisation de l’État. Trois millions d’euros par an, un guichet national ouvert dès mai, des plans départementaux obligatoires, un soutien à la recherche pour des méthodes plus sélectives : le dispositif est posé.

Ses limites sont réelles. Le budget reste modeste pour ne pas dire inexistant face à l’ampleur des dégâts. Le calendrier de lancement, au moment où les reines ont déjà fondé leurs nids primaires, n’est pas optimal. Et la question du classement du frelon asiatique comme danger sanitaire de deuxième catégorie, qui ouvrirait des leviers supplémentaires, n’est pas encore tranchée.

L’objectif réaliste porté par l’UNAF n’est plus l’éradication, jugée trop tardive, mais une réduction significative de la prédation de l’ordre de 20 à 30 %, suffisante pour soulager les ruchers et limiter les effondrements de colonies. C’est sur cette cible que le plan sera jugé dans les mois qui viennent.

Chez ALLO FRELONS, nous sommes sceptiques, mais nous avons décidé de rester poli.

Dernière modification le mars 27, 2026 par Guillaume Castagné

À propos de l’auteur

Guillaume Castagné est cofondateur d’ALLO FRELONS. Il travaille depuis plusieurs années sur les problématiques liées au frelon asiatique, en s’appuyant sur l’observation de terrain, les données scientifiques et l’évolution des pratiques professionnelles en France.