Montmartre et le Sacré Cœur sous la neige
janvier 6, 2026

Neige, gel, routes paralysées : cette vague de froid peut-elle éliminer le frelon asiatique ?

Par Guillaume Castagné

Alors que la neige et le verglas ont fortement perturbé les déplacements dans le nord de la France ces derniers jours, beaucoup espèrent que cet épisode de froid marquera un coup d’arrêt pour le frelon asiatique. Pourtant, malgré des conditions hivernales spectaculaires, le gel ne suffit généralement pas à freiner durablement l’espèce. Décryptage d’un décalage entre ressenti climatique et réalité biologique.

Lundi 5 janvier 2026 au soir, la neige a paralysé une grande partie du nord de la France :
plus de 1 000 km de bouchons en Île-de-France, transports scolaires suspendus, trains retardés, routes verglacées en Bretagne et en Normandie.

Face à ces images spectaculaires, une question revient naturellement :
ce froid intense est-il capable de réguler naturellement le frelon asiatique ?

La réponse, fondée sur la biologie de l’insecte et les observations de terrain, est beaucoup moins évidente qu’on ne le croit.

ALLO FRELONS vous montrer dans une vidéo exclusive où se cachent les frelons asiatiques quand il fait si froid.

🐝 Un insecte à sang froid… mais très bien protégé

Le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) est un insecte ectotherme : il dépend de la température extérieure pour réguler son activité.

Sur le papier, le gel devrait donc lui être fatal.
Pourtant, même lors d’épisodes hivernaux marqués comme celui que traverse actuellement le pays, l’espèce continue de survivre.

Les équipes d’ALLO FRELONS le constatent chaque hiver :
👉 la neige perturbe la circulation… pas le cycle biologique du frelon asiatique.

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❄️ Pourquoi le gel ne suffit pas

🏠 En hiver, les nids sont vides : les reines sont déjà en abri thermique

À cette période de l’année, le nid de frelon asiatique n’abrite plus les individus clés de la colonie.
Contrairement à une idée encore répandue, les futures reines (gynes) ne passent pas l’hiver dans le nid : elles en sortent avant l’arrivée du froid durable.

Des études comportementales et thermiques sur Vespa velutina ont montré que, dès la fin de l’automne, les gynes fécondées quittent activement le nid pour trouver des refuges offrant une inertie thermique plus fiable que la structure elle-même (mesures thermographiques et observations de terrain, notamment CNRS/IRBI Tours).

ALLO FRELONS s’est rendu sur le terrain avec une caméra thermique pour vous montrer les endroits susceptibles d’abriter ces futures reines:

Les abris choisis ne sont pas aléatoires. Ils présentent des caractéristiques essentielles :

  • Souches et cavités d’arbres qui captent et restituent lentement la chaleur,
  • Trous dans le sol ou sous-bois, bénéficiant de l’effet tampon du sol,
  • Cabanons, garages, isolants de toitures, qui protègent des coups de gel rapides,
  • Tas de feuilles ou de bois, offrant un microclimat plus stable.

Attention ! Certains de nos clients nous ont rapporté s’être fait piquer en enfilant des gants de jardinage ou des chaussures stockées à l’abri mais à l’extérieur. Une reine s’y était réfugiée pour l’hiver. Soyez prudents.

Ces refuges créent un environnement thermique plus constant que l’extérieur, réduisant les fluctuations brusques de température — un facteur critique pour que la métabolisme des gynes reste suffisamment bas pour survivre plusieurs mois (physiologie de la diapause décrite dans les travaux de Regis et al., 2020).

👉 Ainsi, même lorsque :

  • les routes sont bloquées par la neige,
  • les trottoirs verglacés rendent les déplacements délicats,
  • les transports scolaires sont suspendus,

les futures reines ont déjà trouvé des abris adaptés, bien à l’abri du froid, là où les variations thermiques sont atténuées.

Cette stratégie, documentée par des relevés scientifiques et confirmée par les observations de terrain réalisées chaque hiver par des équipes spécialisées comme celles d’ALLO FRELONS, explique pourquoi la simple exposition extérieure au froid ne suffit pas à réduire significativement le taux de survie des reines.

🌡️ Jusqu’où le frelon peut-il encaisser le froid ?

Les données scientifiques croisées avec l’expérience terrain montrent que :

  • le frelon asiatique peut survivre à –10°C pendant plusieurs jours, (-16°C pendant quelques heures seulement, la durée d’une nuit)
  • ces conditions nécessitent des gels prolongés et répétés,
  • ces gelées répétées sont peu fréquentes, même lors de vagues de froid marquées.

Autrement dit :
👉 un épisode neigeux, même spectaculaire, ne suffit pas à faire chuter drastiquement le nombre de reines en hibernation.

frelon asiatique sous une feuille et la neige 1024x772 - Neige, gel, routes paralysées : cette vague de froid peut-elle éliminer le frelon asiatique ?

⚠️ Un chiffre qui change la perspective

Un seul nid peut produire plusieurs centaines de futures reines.

Même si :

  • une grande majorité meurt pendant l’hiver,
  • une petite fraction suffit à recréer des dizaines de colonies au printemps.

C’est pourquoi, chez ALLO FRELONS, l’observation est constante :
👉 les hivers froids ralentissent la dynamique, mais ne la stoppent pas.

🧊 Pourquoi les nids sont vides en ce moment

Lorsque les températures passent durablement sous les 0°C :

  • l’activité extérieure chute,
  • les frelons deviennent quasi immobiles,
  • les nids sont abandonnés,
  • les oiseaux viennent manger les dernières larves.

En réalité :

  • le cycle est déjà terminé,
  • les reines sont déjà disséminées,
  • la reproduction de l’année suivante est en préparation.

Un nid silencieux en janvier est un nid qui n’a plus aucun impact.

Que deviennent les nids de frelons asiatiques l’hiver ? tout savoir pour mieux agir.

🔍 Détruire un nid en hiver : est-ce utile ?

Dans la majorité des cas :

  • une destruction après décembre a peu d’effet sur la population future,
  • les reines ont déjà quitté le nid.

Cependant, lors d’hivers doux ou irréguliers — ce qui devient plus fréquent —
des nids peuvent rester partiellement actifs jusqu’en janvier ou février, notamment dans certaines régions. On a par exemple pu observer un nid encore actif avec beaucoup de gynes le 29 février 2020 (je me souviens de la date car c’était une année bissextile), dans un arbre à Fleurance dans le Gers.

👉 D’où l’importance d’une évaluation fondée sur l’observation réelle, et non sur l’apparence extérieure. ni sur des données fixes vues ça et là sur internet.

🧠 Ce que montre l’expérience, même en pleine vague de froid

  • ❄️ La neige et le verglas perturbent nos déplacements, pas la survie du frelon
  • 🏠 Le nid protège efficacement du gel en fin d’automne et en tout début d’hiver
  • 👑 Les reines sont la clé du problème
  • 📅 Le moment de l’intervention est déterminant

Chez ALLO FRELONS, l’approche repose sur :

  • la compréhension du cycle biologique,
  • l’expérience terrain locale,
  • une analyse au cas par cas, y compris en hiver.

🔚 En conclusion

Les images de routes enneigées et de transports paralysés donnent l’impression d’un hiver exceptionnel.
Mais pour le frelon asiatique, ces conditions ne sont pas synonymes d’élimination.

Comprendre ce décalage entre notre ressenti humain et la réalité biologique permet d’éviter les fausses certitudes — et de mieux anticiper ce qui se jouera dès les premiers redoux.

Sources:

Ministère de l’Agriculture (France), 2011 — Note de service sur le frelon asiatique : cycle de vie, diapause des futures reines et hivernage hors du nid.

Otis et al., 2023 — Revue scientifique (accès libre) sur le potentiel invasif des Vespa : sortie du nid, diapause, recherche d’abris individuels par les futures reines.

Monceau, Bonnard & Thiéry, 2014 — Synthèse de référence sur Vespa velutina en Europe : biologie, cycle annuel, reproduction, hivernage.

Université de Tours / IRBI (CNRS–Université) — Pages de recherche et ressources sur le frelon asiatique (écologie, dynamique de population).

À propos de l’auteur

Guillaume Castagné est cofondateur d’ALLO FRELONS. Il travaille depuis 2006 sur les problématiques liées au frelon asiatique, en s’appuyant sur l’observation de terrain, les données scientifiques et l’évolution des pratiques professionnelles en France.

Publié le 6 janvier 2026 / Mis à jour le 6 janvier 2026

Dernière modification le janvier 8, 2026 par Guillaume Castagné