Agriculture et Biodiversité. Une ferme et des cultures au milieu d'un paysage naturel.
février 5, 2026

Agriculture et biodiversité : comprendre le rôle de l’agriculture, ses impacts, et les pratiques qui préservent le vivant

Par Guillaume Castagné

L’agriculture et la biodiversité forment un même système : sols, eau, haies, prairies, insectes et oiseaux interagissent en permanence avec nos modes de production. Cet article fait le point, de façon concrète, sur les impacts (positifs et négatifs) des pratiques agricoles, les services écosystémiques en jeu, et les leviers qui permettent de concilier production alimentaire et maintien du vivant.

L’agriculture occupe une place centrale dans la biodiversité, parce qu’elle structure une grande partie des territoires, des milieux et des paysages. Elle peut à la fois dégrader les écosystèmes (pollution, simplification des habitats, érosion de la biodiversité) et, à l’inverse, maintenir des réservoirs de nature (prairies, bocage, haies, zones humides) et des fonctionnalités écologiques utiles à la production agricole (pollinisation, fertilité du sol, régulation naturelle des ravageurs). La question n’est donc pas “agriculture ou biodiversité”, mais “quels systèmes de culture, quelles pratiques agricoles, et quelle gestion des ressources” permettent de concilier production alimentaire, environnement et développement durable.

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Quel est le rôle de l’agriculture dans la biodiversité ?

Le rôle de l’agriculture dans la biodiversité se lit à trois niveaux.

1) L’agriculture façonne les milieux et les habitats

Une exploitation agricole n’est pas seulement un lieu de production : c’est aussi un espace de vie pour des espèces (insectes, oiseaux, faune du sol, pollinisateurs, flore sauvage). Selon l’organisation du territoire (bocage, prairies, haies, cultures diversifiées ou monocultures), l’agriculture peut créer des corridors écologiques, des refuges, ou au contraire fragmenter les habitats.

2) L’agriculture influence la diversité biologique et la diversité génétique

La biodiversité agricole inclut aussi la diversité génétique des variétés cultivées et des races d’élevage. Les systèmes trop uniformes, hérités d’une logique de “révolution verte” et d’intensification, tendent à réduire cette diversité et à fragiliser la résilience face aux maladies, aux aléas climatiques et aux stress.

3) L’agriculture dépend des services écosystémiques

La biodiversité n’est pas décorative : elle soutient des services écosystémiques indispensables au fonctionnement d’un système agricole. Sans biodiversité du sol, pas de fertilité durable. Sans auxiliaires, la régulation biologique recule et la dépendance aux intrants augmente. Sans paysages fonctionnels, l’eau, l’érosion, la qualité des sols deviennent des points de rupture.

Comment l’agriculture affecte-t-elle la biodiversité ?

L’impact de l’agriculture sur la biodiversité combine des effets négatifs et des effets positifs. La direction dépend du niveau d’intensification, des techniques, de la gestion de l’eau, du sol, des habitats, et de la place laissée au vivant.

Effets négatifs fréquents

  • Simplification des paysages : disparition du bocage, arrachage de haies, recul des prairies permanentes, homogénéisation des milieux.
  • Pression chimique : utilisation de produits phytosanitaires, d’engrais de synthèse, contamination diffuse des milieux et des chaînes alimentaires, pollution des ressources en eau.
  • Dégradation des sols : baisse de matière organique, compaction, érosion, perte de biodiversité du sol, diminution des fonctionnalités écologiques.
  • Fragmentation des habitats : rupture des corridors écologiques, entraves aux grandes migrations, isolement des populations, déclin d’espèces.
  • Impacts sur la faune : baisse d’insectes, répercussions sur les oiseaux et la chaîne alimentaire.

Le saviez-vous ?

Les grandes migrations ne déplacent pas seulement des animaux, elles déplacent aussi des nutriments. En se nourrissant dans une zone puis en excrétant, muant, mettant bas ou mourant ailleurs, des espèces comme les saumons, les gnous ou les oiseaux transfèrent de la matière organique et du phosphore sur de longues distances. Or le phosphore est un élément clé de la fertilité des sols, et son cycle naturel est lent (il vient surtout de l’altération des roches). Les migrations agissent donc comme des “tapis roulants” biologiques qui redistribuent le phosphore et d’autres nutriments entre océans, rivières, prairies et forêts, influençant la productivité des écosystèmes et de l’agriculture bien au-delà des routes migratoires.

Effets positifs possibles

  • Maintien d’habitats semi-naturels : prairies, haies, bandes enherbées, zones humides, lisières.
  • Diversification des cultures : mosaïque de milieux, rotations des cultures, couverture végétale, réduction de la pression sur les sols.
  • Gestion agroécologique : baisse des intrants, travail du sol adapté, prise en compte des auxiliaires, recherche de synergies.
  • Rôle des agriculteurs comme acteurs du territoire : capacité à mettre en place des aménagements favorables, à restaurer des corridors, à piloter des programmes à l’échelle locale.

Le site Fermeduplateau.fr met en lumière des aspects de maintien de la biodiversité à travers divers articles de blog, dont voici un exemple: Le pivert dans le jardin : Signification, symbolisme et impact écologique

Quels sont les enjeux de l’agriculture et de la biodiversité ?

Les enjeux se concentrent autour de quatre tensions structurantes.

1) Production alimentaire et érosion de la biodiversité

Le défi est de maintenir une production agricole suffisante tout en réduisant l’érosion de la biodiversité. Cela implique de raisonner la performance autrement que par le seul rendement à court terme.

2) Changement climatique et résilience des systèmes

Le changement climatique augmente les stress (sécheresses, pics de chaleur, nouveaux ravageurs, aléas). Les systèmes agricoles simples et très dépendants aux intrants sont souvent moins résilients. La biodiversité, elle, renforce la capacité d’adaptation (sols vivants, régulation naturelle, diversité génétique).

3) Ressources en eau et qualité des milieux

La gestion de l’eau est un enjeu majeur : quantité disponible, qualité, pollution diffuse, continuité écologique. L’agriculture est un acteur central de cet équilibre.

4) Cohérence des politiques agricoles et environnementales

Les politiques publiques (ex. Politique agricole commune, programmes nationaux, Union Européenne, actions locales), structurent fortement les choix techniques. L’enjeu n’est pas seulement d’ajouter des objectifs environnementaux, mais d’aligner les incitations, les moyens, et les résultats sur le terrain.

Quel impact de l’agriculture intensive sur la biodiversité ?

L’agriculture intensive a un impact majeur sur la biodiversité, surtout lorsqu’elle combine : spécialisation des productions, simplification des paysages, intrants élevés, et rotation courte ou inexistante.

Les principaux mécanismes :

  • Perte d’habitats : bocage et haies supprimés, prairies remplacées, paysages uniformisés.
  • Pollution : nitrates, pesticides, contamination de l’eau et des sols.
  • Érosion et dégradation : sols moins couverts, structure fragilisée, ruissellement, baisse de la matière organique.
  • Effets en cascade : moins d’insectes = moins d’oiseaux = perturbation de l’écosystème.
  • Dépendance accrue : moins d’auxiliaires = plus de traitements = spirale technique et économique.

Ce point est crucial : une partie de la baisse de biodiversité en milieu agricole est moins liée au fait de “cultiver” qu’à la manière dont les systèmes ont été simplifiés et intensifiés depuis le XXe siècle.

Le saviez-vous ?

Après la Libération et la reconstruction, l’aide américaine du Plan Marshall a accompagné une modernisation rapide de l’agriculture en France : mécanisation, spécialisation, recours accru aux engrais et produits phytosanitaires, avec un rôle important du crédit bancaire et de l’endettement pour financer équipements et agrandissements, ce qui a souvent incité à augmenter les volumes pour sécuriser les remboursements. Cette trajectoire a amélioré la productivité, mais elle a aussi contribué, dans de nombreux territoires, à simplifier les paysages (haies, prairies, mosaïque de milieux) et à accroître certaines pressions sur les sols, l’eau et la biodiversité. D’autres modèles existent cependant (agroécologie, diversification des cultures, infrastructures écologiques, réduction des intrants) et cherchent justement à concilier production agricole et maintien du vivant.

Quelles pratiques agricoles favorisent la biodiversité ?

Favoriser la biodiversité en agriculture revient à augmenter la complexité écologique utile du système, sans perdre de vue la production. Les pratiques les plus robustes sont celles qui agissent sur le sol, le paysage, la diversité des cultures et la pression chimique. L’agroécologie propose en cela des solutions intéressantes.

Diversifier les systèmes de culture

  • Rotation des cultures plus longue et variée
  • Cultures associées (quand pertinent)
  • Couverts végétaux entre cultures, pour protéger le sol et nourrir la vie du sol

Renforcer la biodiversité du sol

  • Réduction du travail du sol lorsque c’est cohérent (agriculture de conservation), utilisation de paillis et réduction du labour
  • Apports de matière organique (compost, amendements adaptés)
  • Limiter la compaction et améliorer la structure (gestion du passage des engins, couverture)

Restaurer et maintenir les habitats

  • Haies, bosquets, arbres isolés, surtout les vieux arbres qui sont très utiles par leur système racinaire riche en rhizomes (échanges nutritifs avec les plantes)
  • Prairies et surfaces en herbe
  • Bandes enherbées et zones tampons le long des cours d’eau
  • Zones humides et mares (quand c’est possible), utiles comme réservoirs et corridors

Réduire la pression chimique et raisonner les intrants

  • Diminuer l’usage de produits phytosanitaires par stratégie (seuils, observation, choix variétaux, prévention)
  • Ajuster les fertilisations, limiter les excès d’azote
  • Préserver les auxiliaires (insectes utiles) en évitant les pratiques destructrices

Piloter à l’échelle du territoire

La biodiversité ne s’arrête pas aux limites d’une parcelle. Les corridors, la mosaïque de milieux, la continuité des habitats fonctionnent mieux à l’échelle d’un territoire (collectivité, bassin versant, programme local).

Comment préserver la biodiversité en agriculture ?

Préserver la biodiversité en agriculture repose sur une logique de gestion : diagnostic, priorisation, puis mise en œuvre mesurable.

Étape 1 : identifier les réservoirs et les ruptures

  • Où sont les haies, prairies, milieux humides ?
  • Où sont les zones de rupture (grandes parcelles sans refuge, berges nues, sols érodés) ?
  • Quelle est la qualité du sol et de l’eau ?

Étape 2 : prioriser des actions à fort effet

  • Restaurer des haies ou des bandes enherbées là où elles recréent un corridor
  • Couvrir les sols et améliorer la matière organique
  • Diminuer la pression chimique ciblée sur les périodes et zones sensibles

Étape 3 : intégrer la biodiversité dans le système économique

La préservation ne tient pas sur la seule injonction morale. Il faut des modèles viables : valorisation (labels, filières), aides, accompagnement technique, cohérence des politiques, et outils de suivi des pratiques durables.

Quels services écosystémiques l’agriculture fournit-elle ?

L’agriculture fournit aussi des services écosystémiques, au-delà de la production alimentaire.

Services rendus à la société

  • Production alimentaire et contribution à l’économie rurale
  • Entretien des paysages (bocage, prairies, mosaïque agricole)
  • Stockage de carbone (selon pratiques, sols, prairies, haies)
  • Régulation de l’eau (infiltration, limitation du ruissellement, protection des berges)

Services rendus aux écosystèmes (si les pratiques sont favorables)

  • Création d’habitats (haies, prairies, milieux semi-naturels)
  • Maintien de corridors écologiques
  • Soutien à certaines populations d’espèces associées au milieu agricole

Ce point est important : l’agriculture peut être une pression sur la biodiversité, mais elle peut aussi être un levier de préservation si la gestion du territoire et des pratiques va dans ce sens.

Comment l’agriculture biologique aide-t-elle la biodiversité ?

L’agriculture biologique aide la biodiversité surtout par la réduction de l’usage de produits chimiques de synthèse et, fréquemment, par une diversité de rotations et de pratiques plus favorables au sol. Les effets les plus attendus concernent :

  • Biodiversité du sol : activité biologique, matière organique, structure
  • Faune auxiliaire : meilleure survie des insectes utiles, qui soutiennent la régulation naturelle
  • Milieux agricoles : plus d’intérêt à diversifier les rotations et à maintenir certains habitats

Attention : “bio” n’est pas une garantie automatique. Les résultats dépendent des systèmes de culture, de la gestion du sol, du paysage, de l’eau, et de la cohérence d’ensemble. Mais, en moyenne, la baisse de pression chimique est un levier fort pour réduire certains impacts négatifs.

Synergies : comment favoriser au champ les interactions entre agriculture et biodiversité ?

Chercher la synergie, c’est transformer la biodiversité en alliée de la performance agricole :

  • Auxiliaires contre certains ravageurs
  • Pollinisateurs pour les cultures dépendantes
  • Sols vivants pour la fertilité du sol et la stabilité des rendements
  • Paysages fonctionnels pour amortir les aléas (eau, vent, chaleur)

L’idée directrice : recréer des systèmes agricoles complexes et résilients, où la biodiversité n’est pas un “coût”, mais une fonctionnalité.

Politiques agricoles : quelles cohérences entre objectifs agricoles et environnementaux ?

La cohérence se joue sur trois points :

  • Aligner les aides et la performance : récompenser des résultats mesurables (haies maintenues, prairies, réduction d’intrants, qualité de l’eau, sol couvert).
  • Accompagner techniquement : la transition écologique est un changement de système, pas un simple ajustement.
  • Raisonner à l’échelle des territoires : corridors, bassin versant, continuités écologiques, programmes collectifs.

Sans cohérence politique, les meilleures pratiques restent marginales ou trop coûteuses à généraliser.

Conclusion : agriculture et biodiversité, un même système vivant

L’agriculture a un impact sur la biodiversité, mais elle en dépend aussi. L’enjeu moderne n’est pas de choisir entre production et nature, mais de piloter des systèmes de culture capables de produire durablement en préservant les milieux, la ressource en eau, la fertilité du sol, et les services écosystémiques.

En France, l’OFB et la PAC en Europe devraient agir dès ce jour : une réforme nationale, au sein de chaque fédération, ferait de chaque ferme un projet au bilan positif.

La trajectoire la plus solide combine : diversification des cultures, maintien des habitats (haies, prairies, bocage), baisse de la pression chimique, amélioration des sols, et cohérence des politiques agricoles et environnementales. C’est à ce prix que l’activité agricole et le travail de l’agriculteur peut redevenir un acteur central de la préservation de la biodiversité, plutôt qu’un facteur d’érosion.

Pourquoi on parle de ça chez ALLO FRELONS ?

Parce que la gestion des nuisibles n’est jamais déconnectée du reste du vivant. Sur le terrain, on voit à quel point la simplification des milieux, la disparition des haies et des prairies, la pression chimique et la baisse des insectes auxiliaires modifient les équilibres et favorisent certaines situations à risque. Comprendre les liens entre agriculture, biodiversité et services écosystémiques, c’est mieux comprendre pourquoi des espèces prolifèrent, pourquoi d’autres déclinent, et comment des pratiques plus favorables au sol, à l’eau et aux corridors écologiques peuvent réduire la vulnérabilité des territoires. Chez ALLO FRELONS, cette culture du “système” nous aide à intervenir de façon plus pertinente, à mieux informer, et à promouvoir des approches de prévention et de gestion qui respectent les équilibres locaux.

Dernière modification le février 9, 2026 par Guillaume Castagné

À propos de l’auteur

Guillaume Castagné est cofondateur d’ALLO FRELONS. Il travaille depuis plusieurs années sur les problématiques liées au frelon asiatique, en s’appuyant sur l’observation de terrain, les données scientifiques et l’évolution des pratiques professionnelles en France.