Nid primaire de frelon asiatique avec la fondatrice en gros plan

Lutte intraspécifique des frelons asiatiques : Au-delà du mythe de la reine capturée = 1 nid en moins. La réalité des femelles usurpatrices.

Vous n’avez pas le temps de lire ? Vous êtes en voiture ? Vous êtes en tain de cuisiner ou dans votre bain ? Voici le podcast explicatif:

Auteur : Guillaume Castagné, ALLO FRELONS
Date de publication : 22 mars 2026
Durée de lecture : 12-14 minutes
Classification : Article informatif | Expertise scientifique | Écologie appliquée


Résumé exécutif

Dans le contexte de la lutte contre le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax), une idée reçue persiste largement : une reine fondatrice capturée au printemps équivaut à un nid détruit. Cet article démontre que cette affirmation, bien que séduisante par sa simplicité, repose sur une compréhension incomplète de la biologie de l’espèce.

La clé réside dans le phénomène de concurrence intraspécifique (ou lutte intraspécifique)—un processus écologique naturel massif qui limite déjà de façon drastique le nombre de reines fondatrices devenant des fondatrices actives : seules 10 % d’entre elles environ réussissent. Cette régulation naturelle n’est cependant ni totale ni suffisante, ce qui justifie une stratégie multimodale intelligente plutôt que d’abandonner le piégeage printanier.

Points clés :

  • ~90 % des gynes (reines fécondées) ne fondent jamais de nid
  • La concurrence intraspécifique inclut des combats mortels et une usurpation de nids
  • Le piégeage printanier reste efficace sous certaines conditions, mais ne peut agir seul
  • Une approche multimodale (piégeage + destruction de nids + régulation naturelle) est indispensable
Lutte intraspecifique frelon asiatique au printemps 1024x572 - Lutte intraspécifique des frelons asiatiques : Au-delà du mythe de la reine capturée = 1 nid en moins. La réalité des femelles usurpatrices.

1. Qu’est-ce que la concurrence intraspécifique chez les frelons asiatiques ?

1.1 Définition et mécanismes fondamentaux

La concurrence intraspécifique (également appelée lutte intraspécifique ou compétition intraspécifique) désigne la compétition qui s’exerce entre des individus de la même espèce pour accéder aux ressources limitées ou pour conquérir un espace territorial. Chez Vespa velutina, cette compétition se manifeste avec une intensité remarquable au printemps, lors de la phase critique de fondation des colonies.

Au sortir de l’hivernage (généralement en mars-avril dans le sud-ouest français, après les dernières gelées), les reines fécondées, appelées « gynes » ou « fondatrices », émergent de leurs abris d’hiver dans un état métabolique particulier. Affamées après des mois sans alimentation, elles se regroupent par petits groupes et cherchent rapidement un site abrite pour construire un nid primaire : un petit nid sphérique de la taille d’une balle de tennis, constitué de papier mâché élaboré à partir de fibres de bois décomposées[1][2].

Cependant, le nombre de sites de nidification potentiels est limité. Cette rareté, ombre et protection sont des ressources précieuses au printemps, devient le catalyseur d’une compétition farouche entre les fondatrices. C’est là que le phénomène de concurrence intraspécifique prend toute son ampleur.

1.2 Le phénomène d’usurpation des nids : Combat mortel entre reines

L’un des comportements les plus remarquables de la lutte intraspécifique chez Vespa velutina est l’usurpation des nids primaires. Ce phénomène, bien documenté par les entomologistes et notamment par les recherches de Denis Jaffré (fondateur de JABEPRODE), décrit le processus par lequel une reine fondatrice sans nid va tenter de déloger une reine ayant déjà établi son nid embryonnaire[3][4].

Mécanisme d’usurpation :

Lorsque deux reines se rencontrent au niveau d’un nid primaire en construction, des combats mortels s’ensuivent. Ces affrontements, caractérisés par des piqûres répétées et des tentatives d’immobilisation, durent généralement quelques minutes. Le vainqueur, généralement la reine la plus vigoureuse ou la mieux nourrie, devient le nouvel occupant du nid, tandis que la vaincue est expulsée ou tuée[4].

Ce combat des reines est un phénomène constaté chez d’autres espèces de frelons et de guêpes sociales (notamment chez Vespa crabro, le frelon européen), mais il revêt une intensité particulière chez Vespa velutina.

Ampleur du phénomène : Les observations systématiques menées par Denis Jaffré entre 2008 et 2021 ont révélé qu’une seule reine « super-compétitrice » peut être amenée à déloger ou se défendre de jusqu’à 10 reines successives dans un même nid embryonnaire. Cette reine envahisseuse colonise le nid déjà partiellement avancé, gagnant ainsi un temps précieux dans son développement reproducteur, un avantage compétitif majeur[1].

ProcessusFréquence observéeImpact
Fondatrices émergeant après hiver100%Population initiale
Tentatives de fondation de nid50-60%Beaucoup échouent
Nids primaires réussis (fondatrices avec nid)15-20%Compétition intense
Usurpations de nids observées35-45%Combat entre reines
Fondatrices devenant fondatrices durables10%Mortalité massive

Tableau 1 : Taux de succès de la fondation chez Vespa velutina au printemps


2. La mortalité naturelle des fondatrices : 90 % n’atteindront jamais le stade de fondatrices

2.1 Donnée centrale : Seules 10 % deviennent des fondatrices durables

L’une des données les plus importantes pour comprendre les limites du piégeage printanier est la suivante : environ 10 % seulement des reines fécondées émergentes deviennent de véritables fondatrices qui construisent un nid embryonnaire stable[2][3].

Cela signifie que 90 % des gynes ne fondent jamais de nid, ou échouent rapidement. Plusieurs facteurs biologiques, écologiques et comportementaux expliquent cette mortalité massive :

Facteurs climatiques

  • Épisodes de froid tardif : Un retour du froid après une période douce peut interrompre brutalement l’activité des fondatrices et provoquer leur mort. Le métabolisme des reines est déjà compromis après l’hivernage; une seconde exposition au froid prolongé peut s’avérer fatale[5].
  • Mauvais temps persistant : Les conditions pluvieuses limitent significativement la recherche de nourriture et de sites de nidification. Les fondatrices ne peuvent pas voler par conditions humides, ce qui réduit le temps de prospection.

Facteurs nutritionnels

  • Carence alimentaire : Au printemps, selon la phénologie florale locale, les ressources sucrées disponibles peuvent être limitées. Les fleurs mellifères n’émergent pas simultanément partout.
  • Les fondatrices ont besoin de grandes quantités de nectar pour « remettre leur métabolisme glucidique en route » après l’hivernage et constituer leurs réserves de graisse corporelle. Sans cette réalimentation adéquate, la mortalité augmente drastiquement[1].

Compétition intraspécifique et prédation naturelle

  • Combats entre reines : La concurrence territoriale entraîne des affrontements mortels directs, comme nous l’avons décrit à la section 1.2.
  • Prédation naturelle : Oiseaux insectivores (notamment les pic-épeiches, merles, mésanges), libellules, araignées et autres prédateurs opportunistes réduisent activement les populations de fondatrices au printemps.
  • Parasitisme : Certains parasites entomophages ciblent les fondatrices affaiblies.

2.2 Le calcul réel : De 300-550 gynes à quelques fondatrices stables

Pour illustrer concrètement les limites du piégeage et les impacts de la concurrence intraspécifique, considérons une chaîne biologique réaliste :

Étape du cycleNombreExplication
Nid secondaire mature (automne précédent)1Point de départ
Reines fécondées produites300-550Production moyenne
Reines émergentes au printemps300-550Sortie d’hivernage
Reines tentant la fondation (50-60%)150-330Essais de nidification
Reines avec nid établi (15-20% des émergentes)45-110Nids primaires actifs
Reines devenant fondatrices durables (10%)30-55Après concurrence

Tableau 2 : Réduction progressive du nombre de fondatrices (concurrence intraspécifique intégrée)

Implications stratégiques :

  • Un piégeage printanier de masse capture généralement entre 15 et 50 fondatrices dans une zone donnée (selon la densité de pièges et l’intensité du programme).
  • Cependant, comme le nombre de fondatrices durables est déjà limité naturellement à 10 % (soit 30-55 individus par nid secondaire source), le piégeage n’élève pas le taux de mortalité naturelle de façon drastique.
  • La concurrence intraspécifique ayant déjà « filtré » 90 % des candidates, l’impact réel du piégeage sur le nombre de nids secondaires finaux est moins spectaculaire que le mythe initial ne le suggère[3][5].

3. Contexte scientifique : Comment la communauté scientifique a compris la concurrence intraspécifique

3.1 La controverse initiale (Monceau, Rome, Villemant, Haxaire : 2012-2013)

Depuis les premières observations du frelon asiatique en France métropolitaine (années 2000), la question du piégeage printanier a divisé la communauté scientifique et les experts en lutte antiparasitaire.

En 2012-2013, une étude majeure menée par les chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, notamment les entomologistes K. Monceau, Q. Rome, D. Villemant et D. Haxaire, a proposé un argument qui semblait révolutionnaire : la compétition intraspécifique au printemps limite déjà fortement le nombre de nids potentiels, indépendamment du piégeage humain. Par conséquent, ces chercheurs ont suggéré que le piégeage printanier serait inutile, voire potentiellement contreproductif[2][4].

La logique de ce raisonnement :

Selon l’hypothèse avancée, si les humains éliminent quelques reines au printemps, cela ne ferait que lever la compétition pour les autres reines restantes, favorisant ainsi les reines survivantes (les « plus fortes ») à devenir plus efficacement des fondatrices. En d’autres termes : éliminer une reine faible aurait permis à une reine plus forte de coloniser le même nid sans compétition interne.

Cette critique était théoriquement intéressante, mais elle soulevait des questions pratiques importantes : la compétition intraspécifique est-elle vraiment suffisante pour contenir l’invasion ? Et le piégeage sélectif peut-il quand même améliorer les résultats ?

3.2 Évolution de la compréhension : Les recherches de Denis Jaffré et l’ITSAP (2008-2024)

Entre 2008 et 2021, l’apiculteur amateur et entrepreneur Denis Jaffré, fondateur de JABEPRODE, a mené des observations systématiques du comportement des reines fondatrices en conditions semi-naturelles et de terrain. Ses travaux ont permis de quantifier précisément le phénomène d’usurpation (avec documentation photographique et vidéographique) et de mieux cartographier la séquence d’événements lors de la fondation des nids[4][6].

Ces recherches, reconnues au Concours Lépine 2018 et 2021, ont considérablement contribué à nuancer l’argument du Muséum. Les trouvailles clés :

  1. L’usurpation de nids est bien plus fréquente que prévu.
  2. Le piégeage sélectif réduisant le nombre de compétitrices de façon ciblée peut accélérer la stabilisation des nids restants.
  3. La concurrence intraspécifique est réelle et massive, mais elle n’annule pas totalement le bénéfice d’un piégeage stratégique et sélectif.

Parallèlement, une étude rigoureuse menée par l’ITSAP-Institut de l’abeille entre 2016 et 2020 sur des zones géographiques vaste (plusieurs départements français) a quantifié l’impact réel du piégeage printanier densifié. Les résultats ont confirmé que le piégeage des fondatrices réduit significativement le nombre de nids de l’été/automne suivant, à condition qu’il soit répété et densifié[7].

Cette évolution scientifique a transformé le débat de « Le piégeage fonctionne-t-il oui/non ? » en « Comment optimiser le piégeage dans un contexte de régulation naturelle massive ? »


4. Nuances et limites du mythe « 1 reine capturée = 1 nid en moins »

4.1 Pourquoi ce mythe est trop simplifié

L’affirmation initiale repose sur trois hypothèses implicites qui sont toutes fausses :

Hypothèse 1 : Toutes les reines fécondées deviendraient des fondatrices
Réalité : Seules ~10 % le deviennent (voir section 2). Les 90 % restantes meurent de causes naturelles.

Hypothèse 2 : Chaque nid primaire deviendrait un nid secondaire mature
Réalité : Nombreux nids primaires échouent avant d’atteindre le stade secondaire mature. Voir notre article à ce sujet en suivant ce lien sur le déclin et la mortalité des nids primaires en cours de saison.

Hypothèse 3 : La concurrence intraspécifique a un impact négligeable
Réalité : C’est un facteur massif de mortalité et de limitation des fondatrices stables (voir sections 1-2).

En intégrant ces trois réalités biologiques, le mythe s’effondre. Une reine capturée est remplacée, en moyenne, par une reine moins viable que la moyenne; l’impact sur le nombre final de nids est donc bien inférieur à ce que l’énoncé simplifié suggère.

4.2 Réalités de terrain : Observations empiriques

Observation 1 : Taux de succès faible des nids primaires

Tous les nids primaires ne parviennent pas à atteindre le stade de nid secondaire mature. Plusieurs causes :

  • Destruction humaine volontaire avant l’émergence des premières ouvrières (les résidents trouvent le nid et l’éliminent).
  • Échecs de la reine fondatrice à pondre adéquatement ou à nourrir le couvain embryonnaire (insuffisance nutritionnelle, stress).
  • Chute ou détérioration du nid due aux intempéries, au vent ou à des accidents mécaniques.
  • Attaques réussies de reines usurpatrices tardives (même après que le nid ait atteint 20-30 cm de diamètre).

Observation 2 : Variation saisonnière selon les conditions climatiques

Dans les années de printemps tardif ou clément, la mortalité des fondatrices peut être plus faible, augmentant le nombre de nids observés l’été suivant. Inversement, un printemps rigoureux, humide ou avec des vagues de froid réduit naturellement les populations de fondatrices[5].

Un piégeage efficace dans une année climatiquement favorable peut donc sembler moins impactant qu’en année difficile, non pas parce qu’il est inefficace, mais parce que la régulation naturelle par le climat joue déjà fortement.

Observation 3 : L’ITSAP clarifie l’objectif réel

L’ITSAP-Institut de l’abeille, institution de référence pour les études sur les abeilles, et en lutte contre les invasions d’insectes, précise explicitement : « Le piégeage des fondatrices n’a pas pour objectif d’éradiquer le frelon asiatique, mais bien de limiter le nombre de nids dans l’environnement »[7].

Cet objectif modeste est crucial : il reconnaît que le piégeage seul ne peut pas éradiquer l’espèce, mais il en affirme l’utilité partielle, compatible avec la reconnaissance de la concurrence intraspécifique.


5. Le réel bénéfice du piégeage printanier : Stratégie versus panacée

5.1 L’ITSAP valide l’efficacité sous conditions précises

L’étude rigoureuse menée par l’ITSAP de 2016 à 2020 sur une vaste zone géographique (couvrant plusieurs régions françaises) a quantifié l’impact réel du piégeage printanier. Les résultats, publiés dans leur rapport officiel, concluent que[7] :

« Le piégeage des fondatrices de Vespa velutina au printemps permet de réduire le nombre de nids de frelon asiatique, à condition qu’il soit répété annuellement et densifié spatialement. L’efficacité augmente avec l’intensité du maillage de pièges et la constance pluriannuelle de l’effort. »

Cela signifie que malgré la concurrence intraspécifique, le piégeage a un effet mesurable et positif, mais il exige :

  1. Répétition annuelle : Un piégeage une seule saison a un impact limité et transitoire.
  2. Densification spatiale : Un maillage dense de pièges (espacés de quelques centaines de mètres) est nécessaire pour couvrir efficacement une zone.
  3. Ciblage stratégique : Prioriser les zones d’apiculture, les zones de forte présence de nids l’année précédente, ou les secteurs à enjeu écologique/agricole majeur.

5.2 Le modèle démographique : Seuils d’efficacité du piégeage

Selon une étude de l’ITSAP basée sur des modèles de dynamique de population[7] :

  • 60 % de destruction annuelle de nids (printemps + été + automne combinés) permettrait de freiner la progression spatiale de l’espèce.
  • 95 % de destruction annuelle de nids serait nécessaire pour réduire de 50 % la densité en 7 ans.
  • Le piégeage printanier contribue significativement à cet objectif multifacette, mais ne peut le suffire seul : d’autres interventions (destruction de nids, piégeage d’automne) sont indispensables.

Implication majeure : La concurrence intraspécifique et le piégeage printanier, combinés, produisent une régulation suffisante pour stabiliser localement les populations—si d’autres mesures (destruction d’été) complètent l’action.

5.3 Contextes où le piégeage printanier est réellement efficace

Le piégeage printanier démontre un impact réel lorsque[7][8] :

  1. Après un hiver rigoureux ayant réduit les populations de fondatrices : Le piégeage accentue et prolonge la régulation naturelle hivernale.
  2. Près d’un rucher en difficulté : L’objectif est de réduire la pression de prédation de l’été/automne suivant, quand les nids secondaires arrivent à maturité et que la prédation sur les ruches s’intensifie.
  3. Dans une stratégie multimodale complète : Piégeage printanier sélectif + destruction active de nids (printemps/été) + piégeage d’automne cible = synergie productive.
  4. En zone de forte densité apicole : Où les enjeux économiques et écologiques justifient un investissement de lutte intensif.

6. Concurrence intraspécifique et implications pratiques pour la lutte

6.1 Reconnaissance officielle : Le Plan national 2024

Le Plan national de lutte contre le frelon à pattes jaunes 2024, porté par GDS France et FREDON France, intègre explicitement la dimension multimodale de la lutte et reconnaît le rôle de la concurrence intraspécifique dans la régulation naturelle[9].

Mesures identifiées et validées :

  • Détection et destruction des nids (du printemps à l’automne) : action directe prioritaire.
  • Piégeage des fondatrices au printemps (leçon : c’est utile, mais non suffisant seul).
  • Réduction du stress des colonies d’abeille via piégeage d’automne, muselières, harpes.
  • Adaptation des outils en fonction de la densité de population locale : stratégie différenciée par région/département.

Le Plan reconnaît que la concurrence intraspécifique existe et joue un rôle régulateur, mais insiste sur le fait qu’elle n’est pas suffisante pour contenir l’invasion à elle seule.

6.2 Sélectivité : Un impératif écologique face à la concurrence intraspécifique

Capturer des fondatrices sans sélectivité peut s’avérer écologiquement contre-productif et biologiquement inefficace[2]. En effet :

  • Les pièges peu sélectifs capturent aussi des espèces bénéfiques (autres guêpes solitaires, coléoptères, abeilles, autres insectes utiles non cibles).
  • Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle a mis en garde contre les « menaces pour la biodiversité parce que les attractifs utilisés sont peu spécifiques »[2].
  • La capture de prédateurs naturels (notamment les petits oiseaux insectivores) réduit la régulation naturelle des frelons.

Solutions modernes et sélectives :

  • Le piège JABEPRODE (BCPA), fruit de 10+ ans de R&D, cible spécifiquement les reines fondatrices émergentes et obtient une sélectivité démontrée auprès d’autres espèces. Des études comparatives de 2022 l’ont validé[10]. D’autres pièges sont aujourd’hui tout aussi efficaces et sélectifs, comme par exemple le Bee Vital, le Good4bees, le Vespiguard.
  • Les pièges non sélectifs à « nasse » ou « cloche » avec appâts sucres génériques (miel, sirop) sont actuellement déconseillés par les institutions scientifiques officielles (ITSAP, Muséum).

7. Synthèse intégrée : Au-delà du mythe, une réalité écologique nuancée

7.1 Ce que nous savons maintenant (données 2026)

  • La concurrence intraspécifique est réelle, massive, et quantifiable
    1. ~90 % des gynes ne fondent jamais de nid stable.
    1. L’usurpation de nids provoque des combats mortels entre reines.
    1. La mortalité naturelle (climat, nourriture, prédation) est considérable.
  • Le mythe « 1 reine = 1 nid » est largement démenti par les données empiriques
    1. Seules ~10 % des gynes deviennent fondatrices durables.
    1. La mortalité naturelle compense déjà massivement la production de reines.
    1. Tous les nids primaires n’atteignent pas le stade secondaire.
  • Le piégeage printanier n’est pas inefficace, mais son efficacité est réelle ET contextualisée
    1. Il faut une stratégie densifiée et répétée (pas une intervention ponctuelle).
    1. Il est plus efficace au sein d’une stratégie multimodale (printemps + été + automne).
    1. Les pièges sélectifs sont essentiels pour éviter les dégâts collatéraux sur la biodiversité.
  • La concurrence intraspécifique justifie une approche complémentaire, non une abdication
    1. Reconnaître que 90 % des reines meurent naturellement n’invalide pas le piégeage.
    1. Cela signifie simplement que le piégeage amplifie et canalise une régulation qui existe déjà.

7.2 Recommandations pratiques et communication

Pour une communication authentique basée sur les données scientifiques actualisées :

Pour les apiculteurs et collectivités

Message clé : « La concurrence intraspécifique au printemps est un processus naturel puissant, mais incomplet. Un piégeage stratégique, sélectif et répété amplifie cette régulation naturelle sans la remplacer. »

La transparence sur les limites : « Piéger chaque reine au printemps n’éradique pas les frelons, mais réduit significativement le nombre de nids d’été-automne, minimisant ainsi la pression de prédation sur les ruches. »

Valoriser la multimodalité : « La vraie stratégie efficace combine : piégeage printanier sélectif, destruction proactive de nids secondaires (avril-septembre), et piégeage d’automne ciblé. Chaque pilier agit précisément où la concurrence intraspécifique est moins efficace. »

Mettre l’accent sur la sélectivité : « Contrairement au piégeage non sélectif critiqué par le Muséum national d’Histoire naturelle, les dispositifs modernes capturent spécifiquement les fondatrices en protégeant la biodiversité locale. »

Positionnement d’ALLO FRELONS

  • Expertise scientifique (partenariats et interviews avec Denis Jaffré, suivi des données ITSAP, collaboration avec instituts de recherche).
  • Justification du piégeage printanier sur des bases écologiques rigoureuses, pas sur des mythes et des croyances.
  • Propositions de stratégies complètes et contextualisées plutôt que des solutions uniques.
  • Communication de la sélectivité et des impacts limités sur la biodiversité.

8. Conclusion

La concurrence intraspécifique du printemps chez Vespa velutina est un phénomène écologique puissant et insuffisamment connu du grand public. Elle réduit massivement (de 90 %) les populations de reines fondatrices, expliquant scientifiquement pourquoi le mythe « 1 reine capturée = 1 nid en moins » est trop simplifié et biologiquement inexact.

Cependant, cette concurrence naturelle n’est ni totale ni efficace à elle seule contre une espèce aussi invasive et prolifique que Vespa velutina. Le piégeage printanier stratégique, sélectif et répété demeure un outil valide et nécessaire pour compléter cette régulation naturelle insuffisante.

L’enjeu contemporain est de dépasser le débat caricatural (« Le piégeage printanier fonctionne-t-il oui/non ? ») pour adopter une vision basée sur la science écologique actuelle : une lutte multimodale intelligente, écologiquement responsable et proportionnée au contexte local.

Le chemin vers une gestion efficace du frelon asiatique passe par une compréhension honnête de ses limites biologiques naturelles—et par une reconnaissance humble que les humains amplifient une régulation, sans jamais la remplacer entièrement.


Références

[1] Monceau, K., Maher, N., Bonnard, O., & Thiéry, D. (2015). Evaluation of competition between a native and an invasive hornet: do seasonal phenologies overlap? Journal of Applied Entomology, 139(7), 542–554. https://doi.org/10.1111/jen.12195

[2] 2iManagement Conseil. (2024). Frelon asiatique : un peu de biologie. Consulté sur https://www.2imanagement.ch/fr/divers/liens/wwwapisavoirch/frelon-asiatique-un-peu-de-biologie

[3] Snapiculture. (2021). Compétition intraspécifique des reines de Vespa velutina : Description et quantification par Denis Jaffré. Consulté sur https://www.snapiculture.com/competition-intraspecifique-des-reines-de-vespa-velutina-description-quantification-par-denis-jaffre

[4] Jaffré, D. (2018–2021). Études comportementales sur l’usurpation de nids primaires chez Vespa velutina nigrithorax. Recherches JABEPRODE & Concours Lépine 2018, 2021.

[5] Icko Apiculture. (2026, février). Fondatrice frelon asiatique : quand et comment agir stratégiquement. Blog Icko Apiculture. https://blog.icko-apiculture.com/piegeage-fondatrices-frelons-asiatiques/

[6] ALLO FRELONS. (2025, mars). Piège à frelons Jabeprode, primé au concours Lépine. Consulté sur https://allo-frelons.fr/piege-a-frelons-asiatiques-jabeprode

[7] ITSAP-Institut de l’abeille. (2021). Frelon asiatique : évaluation de l’efficacité du piégeage de printemps. Étude 2016–2020. https://itsap.asso.fr/articles/frelon-asiatique-evaluation-de-l-efficacite-du-piegeage-de-printemps

[8] GDS France & FREDON France. (2024). Plan national de lutte contre le frelon à pattes jaunes (Vespa velutina). Présenté au Salon International de l’Agriculture, février 2024.

[9] Rome, Q., Muller, F., Pérrard, A., & Villemant, C. (2013). Impacts et méthodes de lutte du frelon asiatique. Congrès FNOSAD. Boulazac.

[10] ADANA & Collectif Piégeage. (2022). Étude de l’efficacité et de la sélectivité du piégeage de printemps : Résultats comparatifs 2022. Rapport expérimental, 22 emplacements, 4 semaines de suivi.

Dernière modification le mars 23, 2026 par Guillaume Castagné