Frelon asiatique : 22 ans d’attente, et soudain tous les habitants du Lot-et-Garonne sont concernés. 2026 sera-t-elle l’année du tournant ?
Présent en France depuis plus de vingt ans, le frelon asiatique n’est plus un sujet réservé aux apiculteurs. En Lot-et-Garonne, territoire où l’invasion a commencé, la question est désormais agricole, écologique et sanitaire. À l’aube de 2026, une année décisive se profile : agir collectivement ou subir durablement les conséquences d’une espèce invasive installée.
Là où tout a commencé : le Lot-et-Garonne, berceau de l’invasion
Revenir au point de départ est essentiel pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui. Au milieu des années 2000, un insecte inconnu de la faune française attire l’attention de naturalistes et d’apiculteurs : un frelon au thorax sombre, aux pattes jaunes, plus agile que le frelon européen et remarquablement à l’aise dans les paysages bocagers et les zones urbanisées.
Très vite, les analyses confirment qu’il s’agit de Vespa velutina nigrithorax, originaire d’Asie.
Les enquêtes font remonter sa probable arrivée à une cargaison de poteries importées de Chine, déchargée en Lot-et-Garonne. De simple curiosité entomologique, il devient en quelques années le symbole d’une invasion biologique rapide et silencieuse. Sa progression, estimée à près de 100 km par an, l’a conduit jusqu’aux portes de nombreux pays européens.
Mais le Lot-et-Garonne conserve un triste privilège : être à la fois territoire historique et zone durablement fortement impactée.
Un prédateur qui ne s’attaque pas qu’aux abeilles
On entend souvent dire que “le frelon asiatique mange les abeilles”. C’est vrai, mais très insuffisant pour comprendre l’ampleur du problème.
Certaines études scientifiques ont montré qu’un seul nid peut consommer jusqu’à 11 kg d’insectes en une saison.
Dans ce spectre de proies figurent abeilles domestiques, abeilles sauvages, bourdons, syrphes, guêpes, papillons : autrement dit, une part essentielle des insectes pollinisateurs.
Or, ces insectes assurent une fonction clé dans notre alimentation. Dans un département à forte vocation agricole comme le Lot-et-Garonne, chaque pollinisateur compte.
Colza, tournesol, vergers, cultures maraîchères : des milliers d’hectares dépendent directement ou indirectement de leur présence.
Quand le frelon asiatique s’installe durablement à proximité de ruchers, de haies ou de vergers, il fragilise un maillon central de la chaîne alimentaire, bien au-delà du monde apicole.

Vingt ans de combats discrets avant la reconnaissance nationale
Pendant longtemps, les lanceurs d’alerte, dont nous faisons partie chez ALLO FRELONS, ont été relativement seuls : apiculteurs, élus ruraux, associations naturalistes, chercheurs.
Ils observaient la multiplication des nids, la pression croissante sur les ruchers, les pertes de production, et les premières situations de danger à proximité des habitations, des écoles ou des lieux publics.
Il aura fallu près de vingt ans pour que l’ampleur de la menace soit reconnue à l’échelle nationale.
En mars 2025, l’adoption à l’unanimité d’une loi consacrée à la lutte contre le frelon asiatique marque un tournant symbolique fort : pour la première fois, l’État affirme clairement qu’il s’agit d’un enjeu d’intérêt général.
Mais entre la loi votée et l’action sur le terrain, un fossé demeure : décrets, financements, organisation départementale, coordination locale.
C’est précisément dans cet intervalle que se joue la saison 2026.

2026 : la fenêtre de tir se joue… dès la fin de l’hiver
À l’œil non averti, l’hiver semble calme. Les nids sont vides, le danger paraît disparu.
En réalité, le cycle montre son visage endormi, habituel à cette période de l’année.
Les futures reines fondatrices, fécondées à l’automne, sont à l’abri : tas de bois, cabanons, souches, tuiles, parfois à quelques mètres des habitations.
C’est entre la fin de l’hiver et le début du printemps que se situe l’un des rares moments où le rapport de force est encore favorable.
Des reines capturées en février ou en mars, ce sont potentiellement des nids en moins à l’été, et des centaines de futures reines qui n’existeront jamais.
À l’inverse, les reines non interceptées peuvent être à l’origine de colonies responsables d’une prédation massive d’insectes quelques mois plus tard.
C’est pourquoi les campagnes de piégeage ciblé de printemps se développent.
Elles ne sont ni miracles ni suffisantes seules, mais lorsqu’elles sont sélectives, coordonnées et suivies, elles deviennent un levier réel de limitation.
Frelon asiatique : pourquoi les communes se mobilisent davantage en 2026
Quand les citoyens ordinaires deviennent un maillon clé
Un changement majeur s’opère : la mobilisation citoyenne structurée.
Des communes organisent des réunions publiques, expliquent le cycle biologique, forment au repérage des nids, recommandent des pièges plus sélectifs, et coordonnent les signalements.
Agriculteurs, retraités, enseignants, artisans deviennent des acteurs temporaires mais essentiels du piégeage de printemps.
Cette dynamique transforme la perception du problème :
ce n’est plus une affaire technique réservée aux spécialistes, mais un enjeu auquel chacun peut contribuer, à condition d’agir correctement.
Ces initiatives n’ont de réel impact que si elles s’inscrivent dans un cadre départemental cohérent, avec des protocoles clairs et des interventions sécurisées.
Destruction des nids : un geste technique, pas un réflexe improvisé
Face à un nid visible, la tentation est grande d’agir seul.
Ces réactions, compréhensibles mais dangereuses, exposent à des attaques groupées, des chutes, des intoxications ou des départs de feu (comme dans cette vidéo par exemple).
La destruction d’un nid de frelons asiatiques doit être confiée à des équipes formées, équipées et assurées.
Elle implique des connaissances biologiques, des techniques adaptées, et le respect de protocoles stricts pour limiter les risques humains et environnementaux.
L’échelon départemental est ici central : intervenants référencés, règles de prise en charge, consignes claires selon le contexte.
Le Lot-et-Garonne, symbole d’un enjeu national
Le Lot-et-Garonne concentre tous les facteurs :
territoire d’origine, agriculture diversifiée, forte présence de ruchers, milieux favorables aux pollinisateurs.
Ce qui s’y joue est observé à l’échelle nationale.
La mobilisation locale deviendra un exemple, qu’il soit positif ou négatif.
Des lignes de force émergent déjà : campagnes de piégeage anticipées, partage d’expériences, intégration du risque dans les politiques publiques, équilibre entre lutte et protection de la biodiversité.
Ce que la science nous dit, et ce qu’elle ne peut pas décider à notre place
La recherche a considérablement progressé : cycle biologique, dynamique des populations, impacts agricoles et écologiques.
Elle a mis en évidence les limites des approches mal pensées et l’intérêt de stratégies combinées.
Le frelon asiatique. Le point en 2026. Où en est la science ?
Mais la science ne décide pas du niveau de mobilisation collective.
Ce choix appartient aux territoires, à leurs habitants, à leurs élus.
Pourquoi “ce n’est plus l’affaire de quelques-uns”
Ce constat est désormais clair :
- Les apiculteurs ne peuvent pas agir seuls
- Les agriculteurs dépendent d’un paysage pollinisateur fonctionnel
- Les secours ne peuvent pas intervenir sans priorisation
- Les communes ne peuvent pas tout financer isolément
- Les citoyens ne peuvent plus détourner le regard
C’est l’articulation de toutes ces échelles qui déterminera l’efficacité de la réponse.
Et maintenant, très concrètement : quel rôle pour chacun en 2026 ?
L’année 2026 se jouera en plusieurs temps :
- Fin d’hiver – début de printemps : information, piégeage ciblé, mobilisation
- Printemps – automne : repérage précoce, signalements, interventions professionnelles
- Toute l’année : suivi, ajustements, coopération entre acteurs
Dans ce cadre, les structures spécialisées comme ALLO FRELONS ont un rôle précis :
expertise, sécurisation, remontée d’informations, pédagogie, sans dramatisation inutile.
Un tournant qui se joue dans le silence des campagnes
Il n’y aura pas de moment spectaculaire.
La différence se fera par des gestes discrets, répétés, coordonnés :
un piège bien placé, un nid signalé à temps à la mairie, une intervention maîtrisée, une information transmise.
Le Lot-et-Garonne a été le laboratoire involontaire d’une invasion biologique.
Il peut devenir l’exemple d’un territoire qui choisit de ne plus subir.
2026 ne fera pas disparaître le frelon asiatique, mais elle peut marquer la fin de l’indifférence collective.
Dernière modification le janvier 13, 2026 par Guillaume Castagné
